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Compte-rendu du voyage d’étude salariés et administrateurs à Annecy en juin 2015
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A la rencontre de l’association ’Passage’

L’organisation de cette association  :
Cette association de Haute-Savoie se compose de 2 structures de Prévention Spécialisée (EPDA, PASSAGE).

  • Une association intermédiaire (Association Chantiers Educatifs Mont-Blanc),
  • Une Association qui regroupe les deux Associations de Prévention (Association Prévention Mont-Blanc) :
    • un établissement public EPDA
      • 20 éducateurs spécialisés
      • 2,7 postes transversaux
      • 4 cadres
      • administratifs
    • une association PASSAGE
      • 40 éducateurs de rue
      • 4 éducateurs techniques
      • 7 cadres
      • 4 administratifs

Une Association Intermédiaire CEMB (Chantiers Educatifs Mont Blanc)
Parallèlement les deux structures se sont réunies pour la création d’une Association Intermédiaire Chantiers Educatifs Mont Blanc. Elle salarie les jeunes et met à disposition le personnel. Elle gère l’ensemble des dossiers administratifs, signe les contrats, établit les fiches de paie, ....
La création de l’Association Intermédiaire par les deux structures permet une grande souplesse, notamment dans la constitution des dossiers (carte d’identité, n° de sécurité sociale, lorsque le versement du salaire ne peut se faire à un tiers et que des jeunes n’ont pas de compte en banque...remise d’un chèque au porteur tamponné après accord avec la poste, ......)
Réduction des charges patronales : 25% au lieu de 60%.
L’AI dédiée aux chantiers éducatifs et gérée par la prévention n’est pas tenue à des résultats en termes d’insertion professionnelle, on est bien dans l’éducatif.

Une Association Prévention Mont-Blanc (PMB)
L’Association a pour finalité de regrouper les deux Associations de Prévention pour un travail en commun, études territoriales sur la population précaire au centre d’Annecy qui a fait l’objet de deux restitutions : une aux élus, une à l’administration, idem sur la question de genre, sur les 21 / 25 ans, sur la place des filles, la place des jeunes dans l’espace public, (étude en interne à partir des informations qui remontent du terrain) diagnostic de territoire, .....
Cette structure facilite le développement de stratégies communes et c’est sur la base de leurs propositions élaborées en commun qu’elles rencontrent le Conseil Départemental.
Création d’une rencontre « université d’automne » qui favorise autour d’un thème développé par un conférencier, une réflexion commune entre les élus, les associations,...

Quelques chiffres de cadrage

Chantiers Educatifs de CEMB pour Passage en 2014

  • 615 jeunes concernés dont 238 filles et 377 garçons
  • 16 124 heures de travail
  • 119 711€ de salaire versés aux jeunes
    Chiffre d’affaires 399 351€ (+ 200 000€ subvention du Département)
    Répartition du chiffre d’affaires par type de client :
  • bailleurs sociaux 40 %
  • collectivités locales 59 %
  • associations 1%

Pour la ville d’Annecy : 165 jeunes concernés dont 55 filles et 110 garçons, 4 872 heures de travail, 36 225 € de salaire versés aux jeunes

Les jeunes accompagnés par PASSAGE en 2014 : 70% des publics accompagnés ont de 13 /18 ans, 2591 jeunes dont 1 563 garçons et 1 028 filles, âge moyen 16 ans, 31% de jeunes nouveaux

Interventions pour les communes, les bailleurs sociaux, des privés (peu de chantiers pour Passage, davantage pour PDA)

Rémunération : les jeunes sont rémunérés :

  • 14 / 16 ans : moins 20% du SMIC
  • 16/18ans : moins 10% du SMIC
  • 18 ans et plus : SMIC

Congés payés mais pas d’indemnités de fin de contrat (ouverture de droits pour Pôle emploi)

Respect strict des règles du code du travail (pas de visite médicale, temps de travail très court, moins d’un mois) afin de pouvoir exiger des jeunes qu’ils respectent la loi.

Les chantiers éducatifs

Les chantiers éducatifs, « il s’agit de l’organisation de phases de travail, avec production de biens ou de services dans l’objectif de mettre des jeunes en réelle situation salariale. En échange de ce travail, les jeunes participants sont rémunérés. L’objectif n’est pas l’insertion professionnelle, mais bien l’apprentissage des règles, des droits et des devoirs qui régissent les relations de travail. »

Trois types de chantiers
1 - chantiers permanents (plutôt les 16 / 18 ans) : durée entre 26 et 28 heures par semaine sur 4 jours – Les jeunes sont proposés par les éducateurs et c’est une commission (directeurs et moniteurs éducateurs) qui décide des jeunes qui seront retenus (entretien d’embauche, constitution de dossier... être au plus proche de l’emploi, démarche volontaire du jeune). Le chantier est encadré par des moniteurs éducateurs (anciens professionnels) – 3 /4 jeunes par chantier

2 – chantiers vacances scolaires. chantiers gérés par les éducateurs pour les 14 /16 ans – 14 heures par semaine, 4 jours par semaine et 3h ½ par jour. Les jeunes sont souvent d’un même quartier et le chantier sert à financer un projet. Le groupe est constitué par les éducateurs (pas d’entretien d’embauche), 17 équipes à Passage et chaque groupe s’organise comme il le souhaite. La rémunération est conforme au droit du travail et chaque jeune reçoit son salaire (pas de caisse commune). La formation technique des éducateurs ainsi que la préparation du matériel pour gérer les chantiers est assurée par les éducateurs techniques. Besoin d’une dérogation délivrée par la Direccte pour permettre à des jeunes de cet âge de travailler.

3 – chantiers de mobilisation. Ces chantiers sont gérés par les éducateurs en partenariat avec la mission locale. Ils sont destinés prioritairement aux « décrocheurs » de 16 / 17 ans. Ils s’inscrivent dans une logique de parcours et permettent aux jeunes d’être confrontés à des actions concrètes et d’accepter ainsi plus facilement les accompagnements de la mission locale.

Les jeunes ne travaillent pas plus d’une semaine par chantier.
Quelques places sont dédiées à des jeunes sur une période plus longue pour « un coup de main » et permettre de les remobiliser.

Après chaque chantier, une fiche est établie par jeune pour décrire d’un point de vue éducatif les avancées et les difficultés. Ces fiches servent à faire le point avec le jeune pour attirer son attention sur les efforts à faire.

Le directeur technique : démarche les donneurs d’ordres, participe aux appels d’offre, fait des devis, négocie le prix des fournitures avec les commerciaux, répartit le travail entre les différentes équipes.
L’association évite de travailler pour les particuliers pour ne pas être en concurrence avec les entreprises locales.

Les chantiers offrent une grande visibilité à la prévention. Les élus voient les jeunes au travail, et ce sont des jeunes de la commune, d’autre part les habitants interrogent les jeunes qu’ils voient travailler.
Les chantiers éducatifs sont très demandés par les jeunes, ils permettent de développer avec eux une relation d’une autre nature.
Les élus souhaitent que ce type d’action se développe dans leur commune. Le risque étant que la prévention ne soit plus identifiée que sous cet angle.

Un projet d’équipe par secteur

L’Association fixe deux axes de travail par an autour desquels un projet d’équipe par secteur est établi (ce qui n’empêche pas de prendre en compte des spécificités locales). L’ensemble de ces projets permet des rencontres, une fois par trimestre, entre des responsables du Conseil Départemental (Direction de la Prévention et du Développement Social), des élus des communes, et de l’Association Passage afin de faire le « point » sur les secteurs, et négocier les orientations de travail.
La Prévention a évolué dans ces méthodes de travail avec les partenaires et souhaite poursuivre la dynamique de co-construction qui a été lancée. Celle-ci permet de mettre autour de la table l’ensemble des élus, de croiser les regards sur les situations et d’élaborer une stratégie commune, d’installer de la cohérence dans les actions et cela dans le respect des compétences de chacun.
La DPDS du Conseil Départemental a demandé que les actions de Prévention spécialisée soient recentrées en direction des 11 / 21 ans.
Travail avec les collèges (information, permanences, « point chocolat »... Un travail important avec les enseignants pour qu’un travail soit effectué avec les jeunes qui sont exclus temporairement de l’école (rendre l’exclusion éducative).

Plusieurs aspects sont importants :

  • la mise en place de l’Association Prévention Mont-Blanc permet aux deux associations de travailler ensemble, d’établir des diagnostics et de faire des propositions communes au Conseil Départemental.
  • Un Conseil Départemental très attentif avec lequel se co-construisent les politiques, par exemple Le Plan Départemental de Prévention de la Délinquance.
  • Un Conseil Départemental qui, malgré une période budgétaire tendue (un peu moins que dans d’autres départements grâce à la taxe sur les transactions immobilières) a maintenu son appui financier à la Prévention.
  • une culture du travail en commun avec l’ensemble des partenaires (par exemple Haute Savoie Habitat bailleur social, les directions régionales invitent les responsables d’agence à être attentifs aux questions sociales, ouverture des lieux d’écoute parents aux autres TS du territoire pour faire rencontrer tous les publics, on cherche de façon permanente ce qu’on pourrait faire ensemble pour être plus efficace).
  • création d’espace de rencontre, de « parole », mise en place d’actions en commun.
  • les communes financent à hauteur de 20 % les postes de la Prévention et se sentent plus impliquées.

La prévention en milieu rural

La détresse sociale en milieu rural est importante et les élus sont en difficulté car ils ne savent pas comment intervenir.
Villages proches de la frontière Suisse avec des familles qui travaillent en Suisse, qui ont des revenus élevés mais dont les enfants sont souvent très seuls, et des familles pauvres. Les jeunes ont des difficultés à l’école, addictions à l’alcool, drogues,.....
Si le travail et le mode d’intervention dans les bourgs centres est proche du travail en milieu urbain, il devient plus compliqué quand les interventions se font sur des communautés de communes avec des petits villages.

Plusieurs aspects ont été soulevés par les éducateurs qui travaillent sur la Communauté de Communes de Saint Julien (17 communes – 3500 jeunes de 11 / 20 ans) :

  • difficulté liée à la distance, beaucoup de temps de transport (1 heure de transport entre les deux extrémités de la com com). Peu de transport en commun, aussi ils sont souvent amenés à conduire les jeunes pour régler des problèmes administratifs.
  • beaucoup de structures avec lesquelles il faut avoir des liens (3 collèges, des MJC, .....). Cette situation est difficile, elle met les éducateurs en situation de stress.
  • la proximité avec les élus est un atout, contact direct, mais cela crée trop de pression car il est parfois difficile de répondre à leurs demandes et de leur faire admettre que les difficultés seront prises en compte plus tard, d’autant qu’ils financent à hauteur de 20% les postes. « quand on fait quelque chose dans une commune, on a la pression des autres communes ».
  • Constitution de groupes de soutien qui réunissent les élus de la com com et les éducateurs pour étudier les situations et apporter des réponses. Cette commission permet aux élus de mieux comprendre le travail des éducateurs qui sont devenus des relais.
  • interventions ponctuelles dans les communes avec un bus (J BUS) qui est bien identifié par les jeunes, la population, les élus.
  • Mise en place de chantiers éducatifs qui permettent d’avoir un autre rapport avec les jeunes

La distance à parcourir, la multiplicité des partenaires, la pression des élus,..... créent des conditions de travail difficiles. Les éducateurs parlent « d’usure » et disent « il y a des choses qu’on ne regarde pas, on tourne la tête, c’est très stressant ».


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